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Le voyage inattendu

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19juin 2018
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Nous partons dans quelques jours pour Stockholm, mais je décide de partir seule, quelques jours avant. Ce n’est pas prévu, je me décide à la dernière minute.

Pourtant, dans le rêve, ce n’est pas Stokholm, ce voyage projeté ensemble, mais Prague, déjà visité ensemble il y a quelques années.

Je prends un billet d’avion et arrive dans une grande ville. Je ne la reconnais pas. Son fleuve majestueux, ses ponts, ses jolies petites places pavées, ses vieilles rues, son horloge qui attire une foule de badauds, revisitant à chaque heure un rituel convenu d’avance  et pourtant attendu avec ravissement. Non, juste une grande ville moderne égarée dans les raccourcis du rêve.

Peut-être un quartier excentré, me dis-je, comme tous ceux que les villes cachent aux touristes, là où s’affairent le manque, la désillusion, les petits trafics et les actes honteux.

Je décide donc de croire qu’il s’agit toujours de Stockholm alors même que pour moi, il ne fait aucun doute que je suis à Prague. Contractions du temps et de l’espace chers au rêveur. Je m’y abandonne avec joie.

Je décide d’aller vers l’extérieur de la ville où il n’est pas prévu que nous allions avec toi,  je ne suis pas venue faire du tourisme. J’ai répondu à l’appel pressant du départ. Et j’ai choisi le rêve, sans doute, pour ce voyage solitaire qui se joue du temps et du lieu.

Je prends donc un bus vers la périphérie de la ville, suite de grandes avenues, identiques, bâtiments modernes, magasins achalandés, colorés, gisants aux pieds du chaland. Une foule aveugle et pressée, aux vêtements gris, visages uniformes, fermés . Puis la banlieue, comme celle de toutes les grandes villes, celle des quartiers. On pourrait être à Tanger, à Paris ou à Lisbonne.

Descendue au Terminus du bus, je regarde autour de moi, un peu interdite, perdue. Je rentre à l’aveugle dans la première boutique qui s’offre à ma vue comme un refuge. Ouverte sur l’extérieur, bois clair et plantes apaisantes, grandes baies vitrées et sièges confortables, dégustation de cafés et thés du monde, petits gâteaux fait maison, sucre candy. Lieu rassurant que l’on retrouve dans chaque grande ville. Un havre de paix.

Un jeune homme m’accueille, souriant. Assise au bar, mon anglais est hésitant.

“ I’m looking for a room for a few days “.

Il sourit toujours. Puis s’éloigne, tapote un coussin. Il parle français, avec un petit accent.

“ Loin de la ville, pas cher du tout . Je suis partie presque sans argent, j’étais pressée.”

Il comprends bien sûr. Connaître la campagne, les habitants, la vraie vie. Acquiesce. Il a ce qu’il me faut . Je m’installe pour boire un thé et  déguster un petit gateau au son.

Une jeune femme blonde, cheveux presque blancs, souriante, apparaît. Elle parle avec le jeune homme. Cela ressemble à du suédois. Je ne sais plus dans quelle ville je suis supposée être. La conversation est animée, enthousiaste, puis il téléphone et me fait signe. Il m’accompagne, semble-t-il, je ne demande pas , je le suis en confiance. La fille rit, en montrant ses dents, très blanches et bien alignées.

Nous montons dans un train un peu vieillot, sièges en bois et tablettes usagées. Le paysage défile dans un rythme assez lent. Des vallées, des montagnes, des plaines se succèdent, mais le paysage n’a rien à voir avec la tchécoslovaquie, enfin celle que j’imagine car je ne connais que la capitale. Et pourtant, tchécoslovaquie, ce nom s’impose dans mon rêve, depuis le début, comme un évidence, insistante.

Le voyage continue mais à présent, le train est ouvert, sans portes et sans fenêtres. Dans mon petit sac en toile, ouvert lui aussi, peu d’affaires, je suis partie si vite. Mon chat Zéphyr est là, sur le marchepied du train qui roule , il est tranquille, me regarde. Je ne savais pas que je l’avais emmené avec moi. Il n’a pas peur.

La nature que je vois de la porte ouverte change. Le train suit un chemin torturé  à présent , grimpe contre une paroi abrupte. Montagnes, vallées luxuriantes puis semi désertiques,  nappes d’eau , ciel bleu. Les couleurs sont saturées, sorte de carte postale colorisée.

C’est le terminus. Je suis le jeune homme dans des rues aux petites maisons de pierre, basses, blanches. On se croirait dans un pays du sud de l’europe, le sol fait de poussière et de sable mêlé. Mon chat est dans le sac, je le serre sous le bras. Ses yeux me fixent, pupilles verticales, voit comme toujours ce que je ne vois pas. Allonge la patte hors du sac, griffes tendues, geste indolent.

Une grande place, sèche, ensoleillée. Au centre une fontaine d’eau fraîche,  des terrasses avec des meubles dépareillés, des hommes buvant le thé en silence. Des gens s’affairent nonchalamment,  habillés de longs vêtements clairs, de chèches. Je me dis “ c’est drôle, ça ne ressemble ni à la tchécoslovaquie ni à Stockholm ! “. L’homme se dirige à pas lents vers une enseigne en bois “ guests room.  Le Taj Mahal “.

Nous pénétrons dans un grand hall,  couleur sable, sans fenêtre ni porte où la nature s’invite. Le paysage est le même que dans le train. Montagne luxuriante, vallées, l’image de l’Inde où je ne suis jamais allée, à moins que je sois sous l’emprise du nom de le l’hôtel. Deux hommes nous accueillent. L’homme du café de Prague négocie pour moi la chambre dans une nouvelle langue.

Ils sont jeunes aussi, mais basanés, comme les gens du Maghreb. Je leur dit:

“ Vous êtes hindous ? Vous ne ressemblez pas à des hindous “

“ On est algériens. “

“ Ah c’est pour ca “.

Pourtant, le Taj Mahal… mais je ne veux pas les vexer.  Leur sourire est doux, lumineux.

Ils m’accompagnent à l’étage vers ma chambre où Il y a un patio et de grands couloirs vides ouverts sur l’extérieur.  Le jeune homme de Prague me dit que j’y serai très bien mais que l’hôtel est déserté,  que c’est dommage. Et s’en va.

Je rentre dans une pièce précédée d’un homme de l’hôtel qui me tient les portes. Elles sont  branlantes. Il y a des douches séparées par des rideaux et une rangée de lavabos. Je suis déçue.  C’est blanc, propre, mais il y a de la poussière, du sable très fin, partout et surtout c’est collectif. Puis il me fait entrer dans une grande pièce blanche à la chaux et s’éclipse à la manière des orientaux.

Un lit,  une table,  une grande fenêtre ouverte sur la vallée.  Même paysage , même carte postale et de l’eau en cascade. Je pose mon sac et regarde autour de moi.  J’ai oublié mon chat… il doit dormir.

Puis je vois un rat courir entre mes pattes poursuivi par Zéphyr… non ce n’est pas lui , il lui ressemble. Un chat oriental. Puis, tout à coup, une dizaine de chats sortent de nulle part, de couleurs différentes, tous orientaux.

Je cherche le mien et le découvre tapi sur une étagère, sous le seul meuble de la pièce, derrière un rideau blanc. Je l’attrape sans ménagement et le met dans mon sac de toile il disparaît  aussitôt.

Je me dirige vers la porte de la chambre restée ouverte. Un homme m’attends tout de blanc vêtu , un turban sur la tête. Je me dis “ lui , il fait bien indien au moins “ . Il me salue et me montre les douches avec sa main paume ouverte, souriant, courtois.

“ I have to talk with the boss “

Je suis pressée tout à coup . Tous ces chats ….

“ I need a room. Alone “

Il est surpris car pour lui je suis seule, il n’y a que des rats et des chats. Il me fait signe de le suivre , souriant toujours.

Je sens qu’au Taj Mahal il y a une solution à tout. Je vais enfin pouvoir me reposer.

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« Il était une fois » une conteuse qui naît, forte de son trajet et de ses rencontres, les poches pleines de mots, les siens et ceux des autres tout mêlés, tout emberlificotés. Juste le corps et les mots, et un costume assorti à chaque spectacle, comme un bijou.
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C'est une voix qui vous enchante, un sourire malicieux, un regard transperçant, une gestuelle en harmonie avec les mots ... Roberte Lamy s'inscrit dans la tradition des passeurs d'histoires. C'est une rencontre que l'on n'oublie pas. Nathalie Levassort - Section Jeunesse de la Médiathèque Jules Vernes (Ville de Puteaux)

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